VOYAGE SUR LA PLANETE AMOUR : LA PLANETE SOUFIE

(13ème Conférence Mondiale du Soufisme,

Madagh, 17-20 Novembre 2018)

La planète Amour existe. J’ai marché et vibré dessus ; sur un coin de terre avec des humains  fait de chair et de sang, biens humains pas du tout extraterrestres. Un coin niché au nord de la frontière marocaine fermée avec l’Algérie, de quoi susciter la discorde entre les peuples frères. Et bien non, contre toute attente, c’est une terre d’Amour que j’ai foulée.

Un coin de rêve : la mer d’argent qui danse au rythme du balancement des palmiers et le ciel pur, infini. Un coin qui ne pouvait qu’être beau, à la hauteur de ce qu’est l’Amour pris dans sa dimension la plus absolue. En effet j’y ai vu des êtres humains s’aimer comme des frères et des sœurs d’une même famille, d’un Amour tiré du Coran si grand et si désintéressé qu’il pouvait englober l’Humanité toute entière.

Un coin qui m’est apparu comme une planète inconnue, un monde clos ; une planète ronde. Indépendante, un sol détaché parce que l’Amour qui jaillissait de ces hommes et de ces femmes se déplaçait à toute vitesse en spirale et s’étendait partout en nuage impalpable. C’était ça, une planète sans limite où les frères et les sœurs s’aimaient les uns les autres et manifestaient leur Amour absolu. Et ils étaient joyeux de le montrer. C’était presque trop simple. Il suffisait de se laisser aller à Aimer.

Et aussitôt, je constatais que je m’étais trompé. J’avais cru que celui qui était arrivé à aimer l’Humanité entière était bien calé, au sommet d’une montagne immuable, plongé dans l’Amour absolu, un état idéal indépendant de la croyance en  Dieu. Or d’un sommet ; la chute est plus rude.

Je m’étais trompé quand j’alignais des qualificatifs absolus pouvant décrire l’être aimant l’humanité dans sa totalité : un être froid, inaccessible, impossible de tomber de son piédestal car ayant conquis cet état d’élévation spirituel de haute lutte et j’employais des mots comme : « un amour illimité, intarissable, permanent et durable, un amour qui ne veut rien, ne demande rien, n’attend rien ». J’avais tort. Cet être idéalisé n’est pas le commun des mortels. Il n’y a pas de sommet confortable. Tout s’acquiert par la lutte permanente contre soi-même.

J’ai vu partout des êtres aimants réclamer encore plus d’Amour, donner et recevoir à profusion sans jamais tarir cette quête. En réalité les manifestations d’Amour fraternel créée sa propre dynamique et certainement pas un état statique, hors échange.

Je renonçais à définir un idéaltype d’être aimant à ce niveau de conscience, n’ayant pu accéder à ces sphères. Je m’avouais vaincu.

Je restais désarmé face au mystère de l’Amour. Quelle était donc la clé d’or qui ouvrait les cœurs ? A partir d’une certitude : la vision toute réelle de frères qui s’aimaient vraiment comme des frères. Cela existait. J’imaginais alors toute la planète animée de cet Amour-là et cette perspective me réjouissait.

J’avais remarqué la joie accompagnant cet Amour si simple, leurs chants invoquant le Divin, leur envie de danser, leur besoin de partage ; leur disponibilité au service de la communauté, leur gentillesse, leur serviabilité : au fond une solidarité toute naturelle.

Je restais bouche bée devant ce spectacle, inscrit dans la nature humaine mais souvent occultée. Je ne comprenais pas ce qui avait déclenché ce miracle.

C’est alors que de vieux sages soufis m’ont éclairé en m’expliquant d’abord que cet Amour était tiré de la pratique quotidienne du Coran, puis en ajoutant que ce lieu était saint par la présence de Maîtres Spirituels, Sidi Hamza et Sidi Jamal, des Etres immaculés porteurs d’une voie céleste et que la prière permanente des Soufis,  leur permettaient de rester « clairvoyant » sur leur comportement.

D’autres grands Maîtres tels que Sidi Mounir, Sidi Michel, Cheikh Valsan  ainsi que les Foukaras et Fakirates venant des 4 coins du Monde, ont tous abondé dans cette voie.

Plus près de Dieu est cette voie : une clé d’or est là, posée sur un coussin de soie. Je comprenais l’insistance des incantations divines. Elle ouvrait la voie de la paix entre les hommes que j’avais cherchée en vain sans la trouver.

Ces frères et ces sœurs qui se rapprochaient de la Lumière devenaient Lumière à leur tour.

C’est alors que la Planète Amour, la Planète Soufie m’est apparue dans un halo dans toute sa beauté infinie.

Ebloui, je retournais à Miami méditer.

Jean Luc Perez , CRN                               Le 1er Décembre 2018