L’amour


Parler d’amour, c’est pénéter dans un champ d’ambiguité. C’est un mot foure-tout qui ne traduit ni le type d’amour, ni sa puissance. On est obligé de préciser dans une montée chromatique  “j’aime untel ou une telle”, “j’aime l’Humanité”, j’aime Dieu”. Tout reste dans le flou artistique car si l’être aimé est identifiable, l’Humanité et Dieu demeurent impalpables et informels. Et, de toute façon, on est obligé de préciser pourquoi et combien on aime en trouvant des bonnes raisons; alors qu’il n’existe aucune d’échelle de valeur comparative. On ne peut pas dire” je t’aime 7 ou un million”, cela n’aurait aucun sens. On sait seulement que la preuve maximum d’amour est de mourir pour ceux qu’on aime, parce que la vie est précieuse.  Rien dans l’amour n’est mesurable. On est bien obligé de pénètrer à petits pas dans le royaume de l’intime et de l’interprétation personnelle, éclairable à la bougie.


En plus, selon le type d’amour avoué, on est rapidement classé dans des cases. On dit aimer l’Humanité, on est un illuminé, un affabulateur. Aimer Dieu et vivre avec sa présence: il faut être un croyant à demi-fou. Tout cela est suspect. On tente alors d’expliquer. Mais comment expliquer, avec quels mots? Parler quelle langue? Donner quel argument pour convaincre? Plus l’être aimé fait appel à l’imagination, plus les mots manquent. On parle d’amour incompéhensible ou de foi. Quelque chose qui ne s’explique pas.


Par contre on sait d’où ça vient: on s’accorde à dire que ça vient du coeur qui est considéré comme le siège de l’amour: un coeur rouge, couleur de la passion. C’est l’emblème de la Saint Valentin. Il faut prouver avec des coeurs l’amour qu’on éprouve envers l’être aimé. L’amour est vu comme un battement de coeur plus ou moins prolongé. Il s’ouvre grand vers l’être ou les êtres aimés. Il bat à leur rythme. Un rythme irrégulier. Car, pour tout compliquer, on n’est jamais sûr ni d’aimer, ni d’être aimé. Tout change constamment. “Dis moi, est-ce que tu m’aimes encore?” et on attend des signes tangibles qui rassurent. Des mots, des gestes. Tout cela est subtil et évanescent car l’amour baigne dans l’impermanence. Et on rêve du grand amour qui ne se défait jamais, toujours pur et fort, inaltérable comme dans les contes de fée.


Quoiqu’il en soit, l’amour est là, il existe bien; il va, il vient, il se fixe un moment, puis s’envole ou se transforme. Il n’a pas de règle. Il est libe comme l’air.

Le processus amoureux

L’amour est pris dans le sens large, à tous les stades, et finit avec un grand A.

L’être humain amoureux subit une transformation radicale le temps que l’amour dure. Seule la puissance de cette transformation varie. Mais le processus est le même. Le coeur s’ouvre vers l’être aimé et cette ouverture amène une série de dépassements qui élèvent l’être aimant.

Ce processus  est indépendant de la certitude d’être aimé, même en cas d’amour unilatéral. Mais ce processus de transformation est d’autant plus activé et amplifié si l’amour est partagé.

Tout passe par un jeu subtile des contraires avec des vas et viens pour finalement s’écarter et gagner la voie opposée.


Le couple égoisme/ altruisme-partage

L’être humain est par nature égoiste. Il dit facilement “je” et   se complet à regarder son nombril en essayant d’assouvir tous ses désirs dans une course effrénée, sans y arriver.

Ce même être amoureux d’une personne détourne son regard uniquement sur lui-même; il prend soin de l’être aimé. Il veut lui plaire. Il lui prouve son amour par des fleurs ou des cadeaux. Il partage sa pensée avec l’autre. Il cherche à prévenir ses désirs, les anticiper. Il vise rien de moins que le bonheur, cherchant à concilier le choc de deux égoismes, de les polir, les imbriquer grâce à une attirance physique et mentale. Le coeur permet cette concession avec plus ou moins d’effort et, au bout du chemin, les préjugés aussi tombent.

La notion de partage, voire de sacrifice, est plus nette dans l’amour pour l’Humanité. Ce n’est plus un être identifiable mais une nébuleuse sans visage précis qui inclut l’ensemble des êtres humains dans sa globalité. Même un prodigieux effort de pensée ne permet pas d’appréhender cette totalité inconnue. Au péril de sa vie, de sa condition souvent précaire, l’être aimant n’hésite pas à porter secours à cette Humanité plus démunie que lui; même si son acte ne représente qu’une goutte d’eau dans l’océan des souffrances. Cet être aimant a basculé de l’autre côté du miroir: il ne pense plus à lui sachant qu’il n’a rien à attendre des êtres aimés qui l’ignorent, aucune médaille, seul le vent de l’indifférence et la fin d’une vie obscure.

L’amour pour Dieu est encore plus surprenant. Dans l’absolu, il va se donner corps et âme à un Etre indéterminé qu’il ne verra jamais et qu’il ne sera jamais sùr de satisfaire, ne connaissant pas sa volonté. Il l’aime certes mais ce n’est pas une idée car Dieu est au delà de toute représentation mentale. C’est donc le sentiment plus ou moins vague d’une présence invisible dont il parle; et pour expliquer l’inexplicable, il la justifie par la foi, argument ultime: on l’a ou on ne l’a pas. L’être aimant espère vivre en permanence avec cette présence avec laquelle il cherche l’harmonie. Il lui offre ce qu’il a de plus précieux et qui paraît dérisoire. Malgré tout, son égoisme bien caché n’a pas renoncé bien qu’il soit pas mal piétiné. Néanmoins, son coeur est grand ouvert, délicat comme une fleur de lotus sortant de la boue et le partage est d’autant plus facile qu’il a accédé à un monde immatériel.

Avec l’amour, le couple s’inverse: l’altruisme prime sur l’égoisme. C’est le coeur qui en est responsable et qui permet cette mutation, surtout lorsque tous ces types d’amour coexistent et se combinent.

 

Le couple jugement/ tolérance-pardon

Entrainé et aveuglé par sa subjectivité, l’être humain passe son temps à juger, souspeser, critiquer. C’est un réflexe automatique dont il a à peine conscience; comme s’il avait la science infuse, la détention indéflectible de la vérité. Il croit qu’il sait et il condamne ou il approuve du petit bout de sa lorgnette. Or il n’est pas juge pour juger. Il va chercher d’autres avis identiques au sien pour prouver qu’il a raison. Ces avis conformes le rassure et lui prouve qu’il peut de juger ainsi. Tout ceci est une illusion parce que le nombre ne fait pas forcement la vérité et qu’en ramenant tout à lui, il fait preuve d’intolérance, ronronne dans son confort.

L’amour renverse la tendance. L’être aimant voit l’être aimé à travers un prisme déformant sous toutes les facettes. Il devient tolérant. Les certitudes s’estompent. Il s’accomode des différences qu’il aurait montrées du doigt auparavant. Maintenant, il vit avec. L’attendrissement de son rapport à l’être aimé lui fait accepter ce qu’il aurait normalement critiqué, évalué rapidement,condamné. Il ne voit plus de la même façon les défauts qui lui crevaient les yeux. Tout au moins, il les tolèrent, renonçant à une partie de son libre-arbitre. Il pardonne plus facilement les écarts, ce qu’il croyait inacceptables. Le petit juge dégringole de son piédestale.

Pour l’amour de l’Humanité, c’est la vision de la souffrance qui émeut. Certains l’entendent se plaindre dans le silence. Comment juger cette masse informelle en mouvement. Qui pourrait la condamner lorsqu’on l’aime? Y voir des défauts? Elle est à la dérive, en perpétuel mouvement. Elle échappe, glisse des mains et on lui trouve des excuses. Elle a trop été martyrisée pour être jugée; et, quoiqu’elle fasse, on lui pardonne. Rien d’important face à la maladie qui plane et la mort qui rôde.

Rentrer dans l’amour pour Dieu, c’est renoncer à juger les autres. On est noyé dans une soupe épaisse, parfois dans les ténèbres, qui ne porte pas aux critiques. L’autre est perçu comme un morceau rapporté de cet amour, englobe dans une sorte de tout indéfinissable. Le partage devient un geste naturel, sans effort comme une évidence. On ouvre sa porte à celui qui frappe. Ce réflexe n’est ni raisonné, ni murement réfléchi. Il découle automatiquement comme partie intégrante de cet amour. Comment ne pourrait-il pas pardonner si cet amour est sans tâche? Il en puise sa force; la force d’oublier ses blessures du fond du coeur sans laisser de trace.

Le couple antagoniste s’éloigne. La tolérance devient un principe qui conduit au pardon.

 

Le couple indifférence/ identité humaine-compassion

Drapé dans son égoisme initial, l’être humain ne vibre généralement pas à la souffrance des autres. Après tout, il n’est pas concerné et il ne peut prendre sur lui toute la misère du monde. C’est ce qu’il pense. Il regarde donc ce spectacle désolant d’un oeil froid comme à travers une vitre, avec distance.

Son regard change quand il aime un autre être humain. La vie de l’être aimé lui est cher. Il ne veut pas le perdre car il perdrait du même coup l’objet de son désir. En cas de besoin, il lui portera secours et assistance, au risque peut-être de sa vie. C’est même une obligation légale entre époux et une obligation morale envers ses parents. Leur souffrance le touche et, en cas de sensibilité extrême, il peut ressentir cette souffrance comme si il la prenait sur lui.

Ce phénomène est amplifié avec l’amour de l’Humanité. A des degrés divers, tout le monde a accès à cet amour qui tient à l’identité de la condition humaine.  L’être souffrant, pourtant inconnu, nous ressemble car il est fait à notre image, fait de chair et de sang et on imagine sa souffrance. Cette appartenance touche directement le coeur. Il en faut pour preuve les campagnes de solidarité mises en place lors des grandes catastrophes naturelles qui émeuvent le monde entier. C’est cette émotion collective qui déclanche spontanément l’amour pour les êtres souffrant mais elle est temporaire et s’éteint avec la fin des couvertures médiatiques. Dans certains cas, cette émotion est durable. Elle dépasse le cadre du spectaculaire et peut se muer en compassion en percevant mentalement la souffrance perpétuelle de cette humanité et en partageant physiquement cette souffrance.

L’amour pour Dieu peut aller plus loin. Uni en permanence avec l’Etre Suprême ou cherchant à y arriver, il prend sur lui cette souffrance pour en déchager les êtres souffrants. Il opère un transfert de la douleur et bien entendu il souffre dans son corps et son âme, parfois avec des souffrances atroces. Il n’en dit rien. Il accepte même d’être incompris de ceux qui n’y verraient que mascarade et affabulation. Comment expliquer ce transfert sinon par une appropriation des souffrances d’une masse globale de personnalités pourtant indéterminées? Il s’agit d’un amour porté à son paroxisme mais qui reste toutefois au niveau humain. La fascination pour Dieu lui en donnne le courage.

Le couple opposé se détache vite de lui-même, se déplaçant vite vers les extrêmes avec, toutefois, des coups d’accordéon.

 

Le couple individualité/ famille humaine-fraternité

L’être humain est unique. Il est produit à un seul exemplaire, un seul moule, un seul individu. La plupart du temps il s’aime et dans la glace il ne voit que lui. Il a l’impression qu’il est seul au monde, si ce n’était tous ces individus qui pullulent par millions et qui le regardent à peine. Mathématiquement, c’est une addition impossible parce que personne est identique; et cette constatation le rassure: il est unique, insoluble dans la masse des humains. Personne ne sera jamais comme lui.
Lorsqu’il est amoureux d’un autre être humain, il va chercher à le comprendre, à deviner ses pensées, à ne faire plus qu’un avec lui dans l’absolu. Il n’est plus seul et cette présence le nourrit. Il accepte par amour d’abandonner tout ou partie de son individualité pour former un couple uni. En quelque sorte une nouvelle co-individualité qui ne ressemblera pas aux deux autres initiales à cause des renonciations. Mais en même temps c’est un début d’une cellule familiale originale qui voit le jour.

Ce cap est largement dépassé avec l’amour pour l’Humanité qui ne voit plus une collection d’individualités mais, à travers ces visages anonymes, la preuve d’une véritable famille humaine. On y voit que des ressemblances qui crèvent l’écran. les diffèrences paraissant tout à coup mineures. On souffre de voir des ignorants faire de ces différences leur cheval de bataille pour diviser. L’être aimant les appelent “frères et soeurs”. Il les voit se démultiplier à l’infini à son image et un sang spirituel invisible coule dans les veines; un sang qui les unit. Rien de visible, juste cet esprit comme un lien impalpable qui relie cette large famille humaine.

Pour l’être amoureux de Dieu, c’est une évidence. La certitude que le Créateur n’a pas raté sa création. Il a conçu les êtres humains semblables, seulement différenciés de quelques détails physiques. Il n’y voit qu’une fraternité universelle liée par le souffle divin, mélangée, malaxée, pétrie par ce souffle. Pour lui, cette gigantesque individualité, n’est qu’un leurre. Il cache la vraie appartenance de tous les êtres humains à une même famille quand il s’adresse à eux. Il ne fait aucun effort pour se persuader d’une évidence.

Le processus d’opposition s’accélère avec l’amour et les écailles qui tombent des yeux vers l’extrème positif. Ceci est un effet naturel de l’être qui se plonge dans le grand bain de l’amour.

Reste à essayer de comprendre comment se comporte la puissance de l’amour.

II- La puissance de l’amour

Pris dans l’engenage de l’amour et s’étant dirigé vers ces extrêmes en essayant de s’y maintenir, on élève son esprit vers les autres et on rentre dans des domaines inconnus de l’amour inconditionnel. Quoi qu’il arrive, plus la vision de l’être amoureux progresse vers les sommets vertigineux de l’amour absolu, plus il se fond dans la masse pour vivre cet amour avec des sensations étonnantes et déroutantes.

La puissance de cet amour varie en fonction de l’être aimé et de son champ d’attraction d’amour mais il revêt des caractéristiques qui peuvent s’appliquer à tous les types d’amour absolu.

On s’accorde à dire que l’amour, le vrai et profond ressenti, est capable de déplacer des montagnes. Par quel mystère, alors qu’il ne s’agit que de simple battements de coeur? Parce que l’amour est libre, il se pose où il veut, peut tout supporter. Il traverse les murs et se joue des quand dira-t-on. Il peut-être extrême et sans loi, sans repère: il réécrit à chaque fois son histoire.

L’amour débridé a une force colossale. Son visage est:

  • Indéfini: on ne connaît pas sa nature. On sait quand il apparaît mais on ne sait pas comment, ni de quoi il est fait. C’est une attirance incontrôlable. Une douce impression. Impossible d’en analyser le contenu et aucune envie de le faire. Il y a ce torrent qui coule du coeur en permanence, une réalité vécue et ressentie; un réel sentiment d’être dépassé et de se laisser aller, emporté par un feu impétueux.

  • Insondable: quand on aime, on reste les yeux fixés dans le vague sur l’être aimé. On ne le connaîtra sans doûte jamais. C’est donc un amour sans condition . On ne l’explore pas, il ne s’explore pas. Il est vécu d’un bloc et on se complet dans cet état, porté par une douce sensation. Il fait parfois mal. Pourquoi  chercher à en comprendre le contenu: le pourrait-on?  Voudrait-on par bêtise arracher son masque mystérieux: ce serait peine perdue; car derrière ce masque de géant, des visages sans visage à l’infini.

  • Illimité: L’amour ne connaît aucune limite. Il se diverse jusqu’ à l’autre bout de la Terre, s’éparpille sans qu’on y sache rien. Il recouvre tout, donne tout . Il aime les êtres tels qu’ils sont, en bloc. Rien ne peut l’arrêter. Il donne à profusion, se jouant des limites, ne pouvant contrôler rien. Nul ne peut en connaître le fond.
  • Spontanné: L’amour véritable n’obéit à aucun calcul. Il jaillit intarrissable. Il se donne par surprise comme un cadeau et s’écoule en continue. Il se donne tel qu’il est, sans chercher à se travestir. Il jaillit entre les pierres d’un sentier aride et embrasse tout, laissant derrière lui une terre fertile.

  • Unilatéral et gratuit. Cet amour est donné sans condition, sans espoir de retour. Il n’attend rien, ne veut rien, ne demande rien. Il donne, partage. Il s’éparpille, se disperse à travers les autres. Il lui importe peu d’évaluer les conséquences de son débordement.

A gros bouillon, il se déverse sans cesse et se perd corps et âme dans l’être aimé pour renaître plus loin.

  • Silencieux et invisible. Celui qui l’éprouve se tait ou murmure sur le ton de la confidence. Cet amour s’active dans le silence parce qu’il est invisible. On reste seul. Mais c’est une fausse solitude. Cet épanchement est plénitude. L’être tant aimé est là, omniprésent, blotti au fond du coeur. Il nous accompagne en permanence et nous remplit.

    Il est cette braise qui rougeoit en silence.

  • Mystérieux, inquantifiable.  L’amour prend bien sa source dans le coeur. Mystérieux par sa force et son universalité, il englobe tout l’être aimé. On ne peut pas le mesurer. Cela ne servirait à rien. A cette source sans fin, l’être amoureux boit à pleine bouche, toujours assoiffé.

  • Indigné: L’amour s’active à la vue de la misère et de la souffrance humaine. Il voudrait voir la fin de ce spectacle indigne que donnent les hommes qui se déchirent; des frères qui s’entretuent, oubliant qu’ils sont frères. Un seul rire d’enfant peut tout effacer.
  • Permanent et durable: L’amour profond s’écoule, paisible. Il se diverse tranquillement sans but, sans discontinuer. Il ne visualise rien. A gros bouillon, il s’écoule dans un calme absolu. On ne peut l’arrêter. On n’a aucune envie de le faire. C’est une force qui vient de l’intérieur mais qui échappe à notre contrôle. Rien ne bouge dans cette parfaite ligne d’horizon.

La puissance de l’amour est sans fin. Tout l’esprit du monde aurait du mal à l’appréhender tant il peut être vaste. Cela tient au mode de mécanisme de l’amour.


III- Le mécanisme de l’amour

Le coeur s’ouvre brusquement, c’est lui qui parle. Juste une vibration imperceptible. Un language à décripter.  L’être vient d’être amoureux. Il n’en a pas encore conscience car le chambardement se fait dans le feutré, précédent la conscience d’être amoureux; parfois de beaucoup. L’amour traverse les obstacles, même les plus éloignés pour atteinte (à une vitesse plus grande que la lumière) sa cible et la touche, sans bruit. Rien ne l’arrête lorsqu’il est pur; c’est à dire dénué de calcul.
L’amour est un phénomène naturel, propre à tous les êtres humains qui peuvent aimer et, en retour, cherchent à être aimés. C’est une soif en commun partagée par tous. Avec pour conséquence, la recherche du bonheur. Inutile de s’agiter pourtant: l’amour est son propre maître, il se déclanche quand il veut, à tout moment. C’est le coeur qui parle et qui peut parler seul. Il n’a pas besoin de preuves intellectuelles, d’arguments bien pensés pour décocher ses fameuses flêches.

Sa puissance passe au second plan. Elle va se manifester par la suite. Ce qui est essentiel, c’est son champ d’application lorsqu’il cesse de se focaliser sur un être pour embrasser l’Humanité et Dieu à la fois, des domaines hors de la pensée. Il le peut car son tissus est immatériel et c’est pourquoi il touche le domaine de l’esprit. C’est sa pureté qui l’élève dans ces sphères impossibles à imaginer. Pur car le contraire d’une construction mentale. Il s’élève alors plus léger. Et plus il est léger plus il est puissant. .  C’est pourquoi il rejoint l’esprit, plus haut. Il crie au rythme de ses pulsations. Il sort des profondeurs de l’être humain, là oû chair et esprit ne font qu’un.  La chair à vif, le coeur crie sans jamais s’épuiser.

On comprend alors pourquoi l’amour déclanche des comportements “nobles”, sans recherche de contreparties, qui élèvent les êtres humains tentés d’abandonner peu à peu les réactions instinctives dégradantes; et ainsi les couples analysés atteignent les extrêmes pour, finalement, s’écarter à jamais.

L’amour jeté au hasard s’éparpille-t-il?. Serait-ce un gaspillage? Tant d’amour pour rien. Dialogue impossible. Qu’importe, là n’est pas le but. Il n’y a pas de but. Il est pourtant une réalité; cet amour qui embrasse l’Humanité toute entière et même Dieu Lui-même, va finir par toucher d’autres coeurs réceptifs.  Capté ou pas, il existe, c’est la seule certitude. Ce nuage chargé d’un amour ardent plane . Le vent le dissipera-t-il? Ce nuage grossit, grossit. Il va bien quelque part. Qui le ressent? Le nuage n’est pas perdu. Il finit par se poser. Il est d’une grande douceur, capable de calmer la douleur .

Non, ce nuage d’amour ne se dilue pas. Il est sans cesse alimenté et devient plus épais. Une seule certitude: il est source de joie et de paix intérieure. La joie, il l’a tirée de cette sensation d’un coeur ouvert en permanence, du nouveau language qui se passe de mot. La paix c’est l’alchimie d’un être aimant qui se nourrit et se maintien dans ce nuage d’amour; un  amour qui s’échappe de lui et le reconstruit apaisé , dans la démesure, par un mécanisme d’autorégénération.

Alors, les perceptions changent. Les plaies se referment. On reste nu, comme porté par une inconscience retrouvée.

Dans cette révolution intérieure, tout est dépouillé dans ce nouvel espace blanc qui ne blesse pas la vue.

Le 5 décembre 2016
Jean-Luc Pérez