CURRICULUM VITAE

The Honorable Nguyen Huu Dong is a Stateman of Viet Nam, 77 years old, Architect, Economist and Political Strategist, Doctor of Peace Administration (United Nations 2004), President of International Commission of Strategy and Affairs, the Commission against the Desertification and Vice-President for Asia.

 


ORAISON

de M. NGUYEN HUU DONG

 

Homme d’Etat Vietnamien

 


Au hautes personalities de la République Socialiste du Viet Nam

Aux peuples des Nations Unies

A mes frères vietnamiens

C’est en 2005 que M. Nguyen Huu Dong, chargé de la Commission Stratégie et Affaires internationales au sein du Cercle de Réflexion des Nations que j’avais cofondé, m’a demandé d’écrire son oraison funèbre. Il se savait déjà malade. J’ai attendu la dernière extrémité pour le faire, comme pour déjouer le moment fatal inéluctable.

Il m’a fait l’honneur de ce terrible devoir, lui que je considère comme mon père spirituel. J’étais petit devant lui, lui que j’appelais “Maitre”. Parfois, il me voyait comme le symbole d’un français qui efface par ce respect filial la souffrance du peuple vietnamien autrefois colonisé, reconnaissant au grand jour la grandeur de ce peuple.

Il apparaissait et disparaissait aussitôt, sourd aux trompètes de la renommée Il était de ces héros mal connu, insaisissable, insensible aux honneurs, refusant toujours la gloire. Il était avant tout un résistant de l’ombre, dur au mal, un roc insensible à l’ouragan de l’Histoire.

Il était humble déjà dans sa jeunesse où un jour de 1956 à Saigon, il refusa le siège suprême de Chef de l’Etat que lui proposait des généraux. Il s’est éclipsé sans bruit.

Compagnon d’arme du Président Ho Chi Minh, il est entré en résistance dans ce monde inconnu, un monde dur où la soif, la faim, l’absence de sommeil, la maladie, la souffrance étaient son lot quotidien. Il fallait ce sacrifice car la nation vietnamienne était bafouée, piétinée et en péril de mort.

Un peuple sans nom et sans nation. Impossible de tuer l’âme d’un peuple qui renaît toujours de ses cendres comme un phénix flamboyant.

Il a pris les armes contre l’injustice criante, pour la Liberté de son peuple qu’il a tant aimé. Combattre face à l’enfer. Puis, la lumière vint enfin avec le silence des fusils.

Le Viet Nam brisé, le Viet Nam bafoué, le Viet Nam ensanglanté mais le Viet Nam libéré.

Il n’a pas défilé en héro. Au soir de la réunification de 1975 à Saigon, il a évité un bain de sang et les exécutions punitives des vainqueurs. .A la radio, il a empêché les règlements de compte et ramené la paix. On ne s’est pas entre-tué entre frères.

Puis il s’est effacé encore.

A ce moment, il ne pensait qu’à vous; qu’à son peuple pour lequel il avait risqué sa vie. Il n’a rien dit. Il savait que la paix dans le monde était la clé de voûte de la pérennité du bonheur du Viet Nam. Non plus une nation fière et isolée mais une nation unie et en harmonie dans un monde en paix.

C’est naturellement qu’il a rejoint en 2003 le Cercle de Réflexion des Nations qui mène le même combat. Quelque part, il réentrait en résistance, dans l’indifférence et l’incompréhension de son engagement. Il a laissé dire. Il savait qu’on ne pouvait pas détruire des coeurs clairvoyants et déterminés.

Mais il n’aura pas vu se lever l’aurore éblouissant.

Ce fut un grand architecte, un constructeur patient, un concepteur d’idées révolutionnaires, un visionnaire de génie incompris, Le temps lui donnait toujours raison.

Il n’acceptait pas les honneurs. J’ai eu pourtant l’unique privilège de lui remettre le diplôme de Docteur Honoris Causa en Administration de la Paix au Siège des Nations Unies à New York le 23 Juillet 2004 en même temps que le Secrétaire Général de l’ONU et M. Nelson Mandela, Prix Nobel de la paix. J’ai lu ce jour là l’émotion dans ses yeux.

Il était un dragon superbe et généreux. Un seigneur méconnu, un roi sans couronne.

Roi de l’ombre, regarde le peuple des nations se lever dans la nuit froide. Regarde l’espoir renaître. Tu pars resplendissant. Tes enfants continueront ce combat glorieux pour la liberté et la paix sur la Terre.

Roi de l’ombre, l’ombre de ton corps repose à jamais au côté des Grands Hommes.

Ta lumière est venue un jour et, depuis, tu nous as tellement aimé. Mais dans mille ans tu nous manquera encore.

Il est des étoiles qui ne meurent jamais.

Ecoute ce soir, jeunesse du Viet Nam, jeunesse du monde, ces cloches qui sonnent au loin. Ce n’est pas le glas. Ce sont les cloches de joie accueillant un héro qui mêle son dernier sang dans cette terre sacrée du Viet Nam.

Paris, New York, Hawaï, Marrakech, Cotonou, Huê    Le 13 Octobre 2015

Jean-Luc Perez